L'idée de faire un Sabbat des Sorcières à Warquignies a vu le jour en 1977 lors d'une émission diffusée sur Radio Hainaut (devenue depuis lors Vivacité). En cette période de fusion communale, deux de nos conseillers communaux, Michel Harvent et Michel Vray, étaient ce jour-là conviés sur les ondes pour prendre part à une émission traitant de la toute nouvelle entité de Colfontaine.
Lorsque furent abordés les aspects folkloriques des communes fusionnées, il apparut clairement que, si Pâturages mettait en avant son Loup et si Wasmes pouvait s'enorgueillir de sa Pucelette, Warquignies n'avait aucun symbole à mettre en évidence. Se rappelant que notre commune était surnommée "Le Village à Sorcières", les deux compères firent le pari en direct à la radio de mettre sur pied à Warquignies un Sabbat des Sorcières.
Le plus difficile restait à venir, lorsque, par exemple, Michel Harvengt dut déployer des trésors de patience et de jusqu'au-boutisme pour convaincre Odon Cailleau, notre curé de l'époque, de mettre un local à disposition des jeunes du Cercle catholique. Dès que les organisateurs eurent obtenu un local de réunion, il fallut songer à la constitution d'un cortège. De palabres en discussions, on finit par adopter une formule basée sur des chars à thèmes tirés par des chevaux, ou à défaut, par des tracteurs. Quant à l'animation du cortège, elle serait assurée par des groupes grimés et des personnes déguisées, soutenus par la traditionnelle fanfare et par une voiture équipée de diffuseurs de musique d'ambiance.
Restait alors la problématique essentielle : la sorcière de notre sabbat! Ce comité constitué des deux Michel et de jeunes du Cercle catholique, qui avaient pour noms Pascale Bertiaux, Anne Larcin, Denise Liégeois, Véronique Hourriez, Bernard Bertiaux, Sergio Rosset, Didier Saulx, Hourriez Philippe, Didier Vilain, Paul Harvengt, Danny Lesplingard, Yvon Rousselet, Egide Herbint et Richard Colmant (père), eut alors une grande idée: la sorcière de Warquignies serait représentée par une personne jouant un rôle lors du spectacle du Jugement sensé l'amener sur le bûcher, mais aussi symbolisée par un Géant, promené au sein du cortège au quatre coins de la commune.
Après s'être mis d'accord sur l'essentiel, les membres du Comité se penchèrent sur la conception d'une affiche représentant une sorcière au profil noir sur fond jaune, soit les couleurs du village.
Pour constituer le cortège, ils purent compter sur 3 chars tirés par des chevaux, prêtés par Monsieur Walrant, fermier à Wihéries, et sur deux autres chars manoeuvrés par des tracteurs, le tout mis à disposition par la ferme Bertiaux à Warquignies. Pour l'animation, Carl Devoet réussit la gageure de rassembler une cinquantaine de musiciens locaux ayant pour la plupart appartenu à l'ancienne fanfare de Warquignies, ressuscitée pour l'occasion. Outre une présence active dans le cortège, il leur était demandé d'animer la soirée organisée dans la salle des Fêtes de l'école Baille Cariotte. Pour l'anecdote, Monsieur Devoet souhaitait que le cortège se constitue au départ du Cercle catholique au son de la Marche de la Libération.
C'est Monsieur Richard Colmant qui construisit l'armature d'un géant avec des tubes électriques soudés. A la demande de Michel Harvengt, c'est madame Berthe Bary, native et habitante de Warquignies, qui confectionna le premier costume de la géante, jupe et chemise. La sorcière ainsi construite fut baptisée dans la cour de l'école. Elle fut prénommée Marie-Rose, son parrain s'appelait François Ciriez et sa marraine était son épouse, Bernadette Bertiaux. Le nouveau-né mesurait plus de 4 mètres de haut et suscitait de belles frayeurs lorsqu'il croisait des fils électrique sur sa route. Par ailleurs, ce Géant au poids conséquent devait être manipulé par un porteur régulièrement relayé. Pour la seconde édition du Sabbat Marie-Rose fut équipée de roulettes, au grand soulagement de chacun.
Pascale Bertiaux, puis Anne Larcin, dirigèrent les enfants du village qui participaient aux répétitions de danses. Le maquillage arboré par ces jeunes était l'oeuvre de Jocelyne, épouse d'Yvon Biefnot, notre bourgmestre d'alors. A cette époque, on récupérait dans les greniers des grands-parents de quoi se costumer ; le temps passant, les participants mirent un point d'honneur à confectionner eux-mêmes leurs atours de fête.
Le cortège présentait un groupe de Beûbeûs, ces personnages rendus célèbres par la Procession du Doudou, à Mons, et qui arboraient une robe et une cagoule noires. Sous cette mise inquiétante, on trouvait essentiellement des joueurs du club de football de la JS Warquignies, dont le café Anna constituait le local officiel. Sergio et Renzo Rosset, les fils de la patronne, étaient d'ailleurs actifs dans la préparation du Sabbat des Sorcières.
Le Sabbat inaugural fut marqué par le concours de la plus belle sorcière, remporté par monsieur Philippe Vandervoort, qui réalisa pour l'occasion l'exploit d'accomplir le long parcours du cortège en boitant et en se tenant voûté !
Ce Sabbat de 1977 vit aussi l'interprétation du premier spectacle du Jugement. Il s'agissait à l'époque d'une pièce de théâtre jouée par des jeunes du Cercle catholique de Warquignies (la troupe théâtrale d'Elouges, Les Bananas, reprirent le flambeau quelques années plus tard). Sitôt Marie-Rose mise au bûcher, les spectateurs devaient être reçus dans la Salle des Fêtes de l'école Baille Cariotte mais devant le succès de foule recueilli par cette soirée (près de 1500 personnes!), les organisateurs durent dresser en urgence des tentes de la SNJ afin d'accueillir tout le monde dans la cour de l'école.
Le Sabbat était né, les gens étaient au rendez-vous, il ne restait plus maintenant qu'à gérer le succès de la première édition de façon à maintenir et à augmenter la popularité des futures éditions.